Aurélien Duarte va faire un « réel dernier combat »

23Sep10

   

La boxe thaïe traverse, sous l’angle médiatique en tout cas, une passe difficile. Bien loin de « l’âge d’or » qu’elle a connue dans les années 80, 90. A cette époque, Aurélien Duarte faisait les beaux jours du muay-thaï. Tout jeune retraité, le double champion du monde (1996 et 2000) jette un regard critique sur son sport. Thisisallover l’a rencontré.  Interview sans concession d’un boxeur qui envisage sérieusement de remettre les gants

 Bonjour Aurélien. Alors faisons les choses dans l’ordre. Est-ce que tu peux commencer par te présenter ?  

 Je m’appelle Aurélien Duarte, j’ai bientôt 40 ans mais faut pas le dire (rires). Je suis jeune retraité des sports pieds poings, j’ai plus de 120 combats en kick boxing, boxe thaïlandaise et karaté shidokan, une forme de karaté moderne. J’ai été aussi un des pionniers en France du combat libre, à l’époque des Golden Trophy.  

 Tu as mis un terme à ta carrière le 4 juin dernier (il a, à cette occasion, encaissé le premier K.O de sa carrière). Quelles sont les images que tu en retiens ?   

 Pleins de bons souvenirs. Ca a été la colonne vertébrale de ma vie pendant 18 ans. J’ai eu la chance, enfin je me la suis donnée, de pouvoir faire ce que je voulais. J’ai pratiquée cette discipline dans laquelle je me suis épanoui, j’ai rencontré des gens. Ca m’a aidé à mûrir.  

 Tu as combattu pendant presque 20 ans, comme tu viens de le dire. Qu’est ce qui a changé dans le monde de la boxe thaïe en France entre tes débuts et aujourd’hui ?  

 Ca c’est démocratisé. C’est beaucoup plus populaire aujourd’hui. On la diabolise moins que dans les années 80. Le niveau a également drôlement monté. Avant, il était très rare que l’on parte s’entraîner en thaïlande. C’était réservé à une élite. Aujourd’hui, plein de jeunes pratiquants se rendent en Thaïlande et progressent à une vitesse vertigineuse. En plus du niveau, on constate que les pratiquants sont plus nombreux et se sont diversifiés : on retrouve des bureaucrates, des femmes, des jeunes…  

 Tu disais que l’on critiquait beaucoup le muay-thaï dans les années 80, pourtant la boxe thaïe faisait les prime time de Canal +. A l’inverse, aujourd’hui il est très difficile d’en voir à la télévision. Comment l’expliques-tu ?  

 Je l’explique par le fait que nous sommes dirigés, au niveau fédéral et au niveau des promoteurs, par des gens qui ne sont pas capables de s’unifier (pour les fédérations), de défendre les intérêts des combattants et qui pensent plutôt à leurs cachets et à leurs primes. C’est de l’à peu près. Ca manque de professionnalisme. Si on compare avec le combat libre, on voit qu’en dix ans ils ont su attirer les sponsors et les télés tout en respectant les boxeurs. Ce que la boxe thaïe n’a pas su faire.  

Tu évoquais à l’instant le combat libre, qui à l’instar de tous les sports de combat médiatisés, attire de plus en plus de monde. Est-ce que la boxe thaïe n’en pâtit pas ?   

 C’est ce que je pensais au départ. Mais je pense qu’il y a des clients pour tout le monde.Il y a de la place pour tous les pratiquants. Et il ne faut pas oublier que les pratiquants du MMA viennent se renforcer en pieds poings avec la boxe thaïe. Mais c’est clair qu’au niveau de la médiatisation et du professionnalisme, la boxe thaïe n’y arrivera jamais.  

 Jamais ?   

 Je suis lucide. Pour moi, ça ne peut pas changer. Je suis un optimiste réaliste donc je suis pessimiste. Tant que les boxeurs, qui sont souvent issus des milieux défavorisés, continueront à boxer pour des cacahuètes, ça arrangera les promoteurs.  

La boxe thaïe véhicule une image violente. Est-ce qu’elle justifiée ?  

 Il faudrait qu’on se mette d’accord sur le terme violence. Ca fait des années que j’entends ça. Mais est-ce que mettre un coup de pied ou de poings à quelqu’un qui y est préparé, qui s’est entraîné, c’est violent ? Et est-ce que ce qui se passe dans les tribunes d’un stade de foot ou lorsque mon voisin ne me tient pas la porte, ce n’est pas violent ? Moi, je trouve ça extrêmement violent. Les incivilités, l’individualisme, l’argent roi. C’est vrai que c’est un sport où il y a de la difficulté physique. Mais on est là pour préserver l’intégrité physique des pratiquants.  

 Est-ce que tu penses que les réglementations françaises comme l’interdiction des coudes (qui sont en fait autorisés avec des coudières), ne dénaturent pas la boxe thaïe ?  

 Bien sûr que ça le dénature. Mais on n’est pas des thaïlandais. On fait de la boxe thaïe à l’européenne. On n’a pas des camps où les gamins s’entraînent 8 heures par jour. Ce n’est pas le sport national. Alors oui, on dénature, mais de la même manière que l’on ne joue pas au basket de la même façon en Europe et aux Etats-Unis, on boxe à notre sauce. Ca ne me dérange pas que l’on mette des protections sur les coudes pour éviter que les boxeurs se retrouvent avec des fermetures éclairs sur les arcades.  

 Quelles sont les différences dans la conception du muay-thaï en France et en Thaïlande, son pays d’origine ?  

 Quand les thaïlandais apprennent que les étrangers payent pour boxer, ils nous prennent pour des fous. Eux sont payés pour boxer. C’est vraiment professionnel. Là bas, les promoteurs misent sur des jeunes qu’ils éduquent, qu’ils entraînent…pour faire de l’argent. Dans la technique elle-même, en thaïlande, il y a beaucoup plus de genoux, de corps à corps. En France, on est beaucoup plus pieds poings. Il ne faut non plus négliger la dimension religieuse et philosophique qui existe en Thaïlande.  

 Est-ce qu’il est difficile de boxer à un niveau professionnel, en France ?   

 Le statut n’existe pas. C’est du grand n’importe quoi. Ca fait des années que j’entends parler de la création de ce statut et je ne vois toujours rien. Mais tous les boxeurs que je connais travaillent à côté, donnent des cours, travaillent pour des villes.                                                                                                                  La boxe, c’est seulement du beurre dans les épinards.  

Tu as l’air très critique envers les fédérations. Qu’est ce que tu leur reproche ?  

 Je leur reproche de ne pas avoir fait sortir la boxe de son ghetto depuis trente ans. Les noms changent, les problèmes restent les mêmes. Les dirigeants font passer leur intérêt avant celui des boxeurs. Beaucoup de gens desservent la discipline.  

 Pour toi, comment s’écrit l’avenir désormais ?  

 J’ai encore beaucoup d’amertume quant au dernier combat. Je n’ai pas pu m’exprimer.On m’a proposé un combat contre Frédéric Belloni qui est lui aussi près de raccrocher.
Les négociations sont très avancées. Je vais pouvoir faire un réel dernier combat. L’occasion pour moi de remercier ceux qui m’ont soutenu jusque là. La ville de Villejuif, pour laquelle je travaille au service des sports. Les salles de boxes de Chatillon et Clay Souilly et enfin, l’Atelier, un salle cossue dans le marais avec laquelle je développe le personal training.  

 Enfin, si tu avais un message à transmettre aux gens qui souhaitent débuter la boxe thaïe mais qui n’osent pas franchir le pas, quel serait-il ?  

 Il faut y aller. Si elle enseignée par un entraîneur compétent, cette discipline est hyper intéressante à plein de niveaux tant sur la confiance que dans l’épanouissement personnel. C’est un cocktail de sensation que l’on ne retrouve dans aucun sport.  

 Merci Aurélien.

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